Né pas loin d’Aix en Provence à Pourrières né 1851, il y reviendra y finir ses jours en 1920.
Germain Nouveau, voulait dans un premier temps devenir prêtre, il commence donc naturellement ses études au petit séminaire d’Aix, on retrouve la religion tout au long de son œuvre. Il fait une court passage dans l’enseignement au lycée de Marseille, puis part à Paris.
Là il rencontrera d’autres poètes tel que Mallarmé ou Rimbaud. C’est avec ce dernier, qu’il part en Angleterre, ensuite il ira en Belgique ou encore en Hollande. C’est au cours d’un de ces voyages qu’il rencontrera Verlaine avec qui il se liera d’une longue amitié. Il fera une brève incursion au ministère de l’instruction publique qu’il quittera au bout de cinq ans pour reprendre ses voyages qui le conduiront à Beyrouth, Grenoble ou encore Paris. C’est à cette période que sa santé se gâche, il aura de fortes crises mystiques, il sera même interné à Aix. Il reprendra ses voyages en tant que pèlerin totalement démuni à Rome ou à St Jacques. Il revient chez lui en 1911 et y moura en 1920 suite à un jeune.
C’est à titre postume que ses écrits seront publiés
J’ai eu beaucoup de mal à faire le choix d’un poème en particulier, alors j’en ai choisi quatre qui à mon sens repérentent bien les différentes facettes de ce poète. Bonne lecture
Pourrières (Premiers poèmes)
Un vieux clocher coiffé de fer sur la colline.
Des fenêtres sans cris, sous des toits sans oiseaux.
D'un barbaresque Azur la paix du Ciel s'incline.
Soleil dur ! Mort de l'ombre ! Et Silence des Eaux.
Marius ! son fantôme à travers les roseaux,
Par la plaine ! Un son lent de l'Horloge féline.
Quatre enfants sur la place où l'ormeau perd ses os,
Autour d'un Pauvre, étrange, avec sa mandoline.
Un banc de pierre chaud comme un pain dans le four,
Où trois Vieux, dans ce coin de la Gloire du Jour,
Sentent au rayon vif cuire leur vieillesse.
Babet revient du bois, tenant sa mule en laisse.
Noir, le Vicaire au loin voit, d'une ombre au ton bleu,
Le Village au soleil fumer vers le Bon Dieu
Les hôtesses (La doctrine de l’amour)
Quand vous coulant au bas de vos lits d'accouchées
Après les affres du premier enfantement
Vous vous dressez enfin, vous sentant allégées
Comme un arbre où saignait un fruit mûr, lourdement ;
Que dans votre miroir, Mères, Eves maudites,
Votre ombre frêle et pâle encore du danger
Vous fait prendre en horreur nos enfances, proscrites
D'un geste, et s'effarant d'un sourire étranger ;
Tandis que vous traînez, mornes, vos cicatrices,
Dieu nous voit blancs d'un lait revomi par ruisseaux,
L'âme et le front navrés du baiser des nourrices,
Miaulant au roulis d'impassibles berceaux.
Or, grandis dans l'orgueil d'avoir des coeurs si tristes,
Plus tard, après l'avoir respirée en chemin,
Ô femme, dans le vent plein d'adorables pistes,
Tu n'as tendu qu'un doigt à toute notre main.
Car, ô mortelle, enfant belle comme la Terre,
Tu ne peux attirer dans ta nuit, sans que dans
L'entrelacement nu de ta caresse amère
Luise toute la bête en l'éclair de tes dents.
Mais comme une qui tue et qui n'est pas méchante,
Tu souriras toujours, ne pouvant écouter,
Pour tous les noirs baisers où notre âme déchante,
Dans le ciel qui s'enfuit nos anges sangloter.
Ah ! nous la demandons toujours, la bonne
Hôtesse, La vraie, et dont le geste est sûr, toute au passant
Qui marche en la stupeur de la forêt traîtresse,
Les cheveux en sueur et les doigts lourds de sang ;
Chez qui coulent des flots de bonté merveilleuse
Et les vins rares sur la nappe, où le sommeil
Blotti dans un parfum de lessive rieuse
Se berce d'une ivresse encor verte au réveil ;
Où tu ne pèses pas, ô main, ce que tu donnes ;
Où, sur tes fruits charmants comme des fleurs, la faim
S'oublie en un verger aux trésors en couronnes
Et sous le soleil mûr d'un automne sans fin.
Mais, puisque c'est en vain, ô nos bouches, crieuses
D'infini, dont la voix, comme un oiseau de feu,
Emporte au ciel l'amour des foules furieuses,
Ah ! puisque Dieu sans doute existe, mais si peu !
Viens, toi, la plus affreuse et pourtant la meilleure,
Trop méconnue au temps où l'on était petit ;
Ô Mort, dernière Hôtesse, est-ce pas qu'il est l'heure
Ta mort bâille comme en un morne appétit.
Dérobe-nous, tes fils sont las, surtout des roses,
Pas de tout, certe, et vieux d'aller et d'espérer ;
Donne, ô Mort, ton sommeil aux sombres amauroses
Et que l'aube et ses coqs ne sauraient déchirer.
Le verre (Les Valentines)
Madame, on m'a dit l'autre jour
Que j'imitais... qui donc ? devine ;
Que j'imitais Musset : le tour
N'en est pas nouveau, j'imagine.
Musset a répondu pour nous :
" C'est imiter quelqu'un, que diantre !
Écrit-il, que planter des choux
En terre... ou des enfants... en ventre. "
Et craquez, corsets de satin !
Quant à moi, s'il me faut tout dire,
J'imite quelqu'un, c'est certain,
Quelqu'un du poétique empire.
Je m'élance sur son chemin
Avec la foi bénédictine ;
Cherchez dans tout le genre humain.
Eh ! bien... c'est elle, Valentine.
On ne peut copier son air,
Ses propos et son moindre geste,
Mais son coeur ! mais son esprit fier !
Je peux attendre pour le reste.
Ça me conduira qui sait où ?
Je crois être elle, ma parole !
Au lieu de dire : je suis fou,
L'autre jour j'ai dit : je suis folle !
Ma personnalité, ma foi !
S'est envolée ; et ceci même,
Mes vers sont d'elle et non de moi,
Si toutefois elle les aime ;
Ce serait par trop hasardeux
Que de mettre tout un volume
Sur son dos ; si nous sommes deux,
Je suis seul à tenir la plume !
Oh ! bien seul ! ne confondons pas,
Je suis parfaitement le maître ;
Car des fautes ou de faux pas
Elle ne saurait en commettre.
Vous voyez, c'est bien différent
De ce que racontait l'histoire.
Ah ! Si son verre était moins grand,
J'aurais voulu peut-être y boire...
Il est bien grand, en vérité !
Ne croyez pas que je badine ;
Je boirai donc à sa santé,
Dans le Verre de Valentine
Les mains (Poésies d’Humilis)
Aimez vos mains afin qu'un jour vos mains soient belles,
Il n'est pas de parfum trop précieux pour elles,
Soignez-les. Taillez bien les ongles douloureux,
Il n'est pas d'instruments trop délicats pour eux.
C'est Dieu qui fit les mains fécondes en merveilles ;
Elles ont pris leur neige au lys des Séraphins,
Au jardin de la chair ce sont deux fleurs pareilles,
Et le sang de la rose est sous leurs ongles fins.
Il circule un printemps mystique dans les veines
Où court la violette, où le bluet sourit ;
Aux lignes de la paume ont dormi les verveines ;
Les mains disent aux yeux les secrets de l'esprit.
Les peintres les plus grands furent amoureux d'elles,
Et les peintres des mains sont les peintres modèles.
Comme deux cygnes blancs l'un vers l'autre nageant,
Deux voiles sur la mer fondant leurs pâleurs mates,
Livrez vos mains à l'eau dans les bassins d'argent,
Préparez-leur le linge avec les aromates.
Les mains sont l'homme, ainsi que les ailes l'oiseau ;
Les mains chez les méchants sont des terres arides ;
Celles de l'humble vieille, où tourne un blond fuseau,
Font lire une sagesse écrite dans leurs rides.
Les mains des laboureurs, les mains des matelots
Montrent le hâle d'or des Cieux sous leur peau brune.
L'aile des goélands garde l'odeur des flots,
Et les mains de la Vierge un baiser de la lune.
Les plus belles parfois font le plus noir métier,
Les plus saintes étaient les mains d'un charpentier.
Les mains sont vos enfants et sont deux soeurs jumelles,
Les dix doigts sont leurs fils également bénis ;
Veillez bien sur leurs jeux, sur leurs moindres querelles,
Sur toute leur conduite aux détails infinis.
Les doigts font les filets et d'eux sortent les villes ;
Les doigts ont révélé la lyre aux temps anciens ;
Ils travaillent, pliés aux tâches les plus viles,
Ce sont des ouvriers et des musiciens.
Lâchés dans la forêt des orgues le dimanche,
Les doigts sont des oiseaux, et c'est au bout des doigts
Que, rappelant le vol des geais de branche en branche,
Rit l'essaim familier des Signes de la Croix.
Le pouce dur, avec sa taille courte et grasse,
A la force ; il a l'air d'Hercule triomphant ;
Le plus faible de tous, le plus doux a la grâce,
Et c'est le petit doigt qui sut rester enfant.
Servez vos mains, ce sont vos servantes fidèles ;
Donnez à leur repos un lit tout en dentelles.
Ce sont vos mains qui font la caresse ici-bas ;
Croyez qu'elles sont soeurs des lys et soeurs des ailes :
Ne les méprisez pas, ne les négligez pas,
Et laissez-les fleurir comme des asphodèles.
Portez à Dieu le doux trésor de vos parfums,
Le soir, à la prière éclose sur les lèvres,
Ô mains, et joignez-vous pour les pauvres défunts,
Pour que Dieu dans les mains rafraîchisse nos fièvres,
Pour que le mois des fruits vous charge de ses dons
Mais ouvrez-vous toujours sur un nid de pardons.
Et vous, dites, ô vous, qui, détestant les armes,
Mirez votre tristesse au fleuve de nos larmes,
Vieillard, dont les cheveux vont tout blancs vers le jour,
Jeune homme, aux yeux divins où se lève l'amour,
Douce femme mêlant ta rêverie aux anges,
Le coeur gonflé parfois au fond des soirs étranges,
Sans songer qu'en vos mains fleurit la volonté,
Tous, vous dites : « Où donc est-il, en vérité,
Le remède, ô Seigneur, car nos maux sont extrêmes ? »
- Mais il est dans vos mains, mais il est vos mains mêmes
Photos du net
Quelques liens
http://www.evene.fr/celebre/biographie/germain-nouveau-2442.php
http://trets.free.fr/actu/Retro2007/concours2007/concourspeinture2007.htm
http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/actions-france_830/livre-ecrit_1036/collection-textes_5281/florilege-poesie-francaise_5282/les-auteurs-a-z_5659/germain-nouveau_5760/
http://trets.free.fr/actu/Retro2007/concours2007/concourspeinture2007.htm
http://www.pourrieres.fr/